{"id":324568,"date":"2019-02-20T16:21:29","date_gmt":"2019-02-20T15:21:29","guid":{"rendered":"http:\/\/we-search.be\/?p=324568"},"modified":"2019-02-24T11:06:40","modified_gmt":"2019-02-24T10:06:40","slug":"nommer-la-migration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/2019\/02\/20\/nommer-la-migration\/","title":{"rendered":"Nommer la migration"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Par <em>Elo\u00efse&nbsp;Goffart,&nbsp;dipl\u00f4m\u00e9e&nbsp;en&nbsp;sciences&nbsp;politiques<\/em><\/h5>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1936\" height=\"1089\" data-attachment-id=\"326147\" data-permalink=\"https:\/\/we-search.be\/index.php\/2019\/02\/20\/nommer-la-migration\/image-nommer-la-migration-2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?fit=1936%2C1089&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"1936,1089\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;5.6&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;NIKON D60&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;1550059576&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;-15.94967296&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;200&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0.008&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"Image Nommer la migration\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?fit=730%2C411&amp;ssl=1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?fit=730%2C411\" alt=\"\" class=\"wp-image-326147\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?w=1936&amp;ssl=1 1936w, https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?resize=300%2C169&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?resize=768%2C432&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?resize=1024%2C576&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?resize=250%2C141&amp;ssl=1 250w, https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration-1.jpg?w=1460&amp;ssl=1 1460w\" sizes=\"auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px\" \/><figcaption>Photo: Elo\u00efse Goffart, tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Mon \u00e9ducation politique a co\u00efncid\u00e9 avec le conflit syrien, le d\u00e9placement forc\u00e9 d\u2019un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9.e.s de fait, puis la construction, m\u00e9diatisation et manipulation de ces \u00e9v\u00e8nements comme \u00ab\u00a0crise migratoire\u00a0\u00bb. Au m\u00eame moment je faisais l\u2019exp\u00e9rience de ma premi\u00e8re migration\u00a0: une ann\u00e9e d\u2019\u00e9tude aux Etats-Unis. Je dis migration, parce que je rentrais, alors, dans le cadre de la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0migrant\u00a0\u00bb propos\u00e9e par l\u2019Organisation Internationale pour les Migrations<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0:<strong> une personne qui se d\u00e9place et quitte son lieu de r\u00e9sidence habituelle<\/strong>. C\u2019est tout. L\u2019OIM ne fait pas de diff\u00e9rence d\u00e9pendamment du statut, des motifs, du d\u00e9placement forc\u00e9 ou non, ni de la dur\u00e9e du s\u00e9jour de la personne. Ce n\u2019est pas une d\u00e9finition juridique : <strong>en droit international, il n\u2019existe pas de d\u00e9finition universelle du \u00ab\u00a0migrant\u00a0\u00bb<\/strong>, comme le souligne le premier rapport de la Rapporteuse sp\u00e9ciale sur les droits de l&rsquo;homme des migrants<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Ceci rend l\u2019\u00e9laboration de statistiques des migrations compliqu\u00e9e, et pourtant celles-ci se retrouvent \u00e0 l\u2019avant des discours m\u00e9diatiques et politiques quasi quotidiennement. L\u2019ONU propose le terme \u00ab\u00a0migrant de longue dur\u00e9e\u00a0\u00bb pour qualifier les personnes se rendant dans un pays diff\u00e9rent de leur pays de r\u00e9sidence habituel pour une p\u00e9riode sup\u00e9rieure \u00e0 12 mois. Cependant, il est difficile d\u2019\u00e9tablir la dur\u00e9e du s\u00e9jour autrement que r\u00e9troactivement, \u00e0 l\u2019expiration du titre. Et que dire du parcours migratoire de ceux et celles qu\u2019on d\u00e9signe majoritairement par le nom de migrant, qui implique souvent le passage de plusieurs fronti\u00e8res, dont le s\u00e9jour \u00e0 un endroit est temporellement pr\u00e9caire, et qu\u2019on caract\u00e9rise justement par l\u2019instabilit\u00e9 et le mouvement\u00a0? Ils et elles sont flux, vagues, tsunami et autre m\u00e9taphore aquatique. <\/p>\n\n\n\n<p>Les pratiques langagi\u00e8res semblent refl\u00e9ter des statuts diff\u00e9rents&nbsp;: \u00ab&nbsp;expatri\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;immigr\u00e9&nbsp;\u00bb ne sont pas appliqu\u00e9s aux m\u00eames personnes. <strong>En collant \u00e0 la d\u00e9finition de l\u2019OIM, une bonne partie des migrant.e.s est blanche et provient des pays industrialis\u00e9s<\/strong>&nbsp;: mes ami.e.s fran\u00e7ais.e.s \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019ULB, mes voisins retrait\u00e9s qui passent l\u2019hiver en Espagne, mes parents qui partent en vacances en Italie. Le terme \u00ab&nbsp;crise migratoire&nbsp;\u00bb semble alors relativement absurde. Il existe donc un hiatus entre les d\u00e9finitions propos\u00e9es par les organisations internationales, et la mobilisation discursive des termes de la migration. J\u2019ai l&rsquo;intuition que <strong>cette utilisation diff\u00e9renti\u00e9e n\u2019est ni accidentelle ni scientifiquement ad\u00e9quate, mais qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019in\/d\u00e9sirabilit\u00e9 et l\u2019il\/l\u00e9gitimit\u00e9 per\u00e7ues des migrations qu\u2019on distingue, et participe de leur in\/visibilisation<\/strong>. Je veux poser plusieurs questions&nbsp;: de qui parle-t-on, dans quels termes, pourquoi&nbsp;? Qui parle&nbsp;? Qui est constamment vu.e sous le prisme de la migration, et qui peut s\u2019y soustraire&nbsp;? Qu\u2019est-ce que ces in\u00e9galit\u00e9s s\u00e9mantiques r\u00e9v\u00e8lentdes in\u00e9galit\u00e9s structurelles&nbsp;? Je m\u00ealerai mon histoire personnelle, celle de ma famille, ainsi que des \u00e9l\u00e9ments acad\u00e9miques pour y apporter une r\u00e9ponse. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma bouche et celle des autres, je n&rsquo;ai jamais \u00e9t\u00e9 une migrante, une immigrante ou une immigr\u00e9e. Pourtant, quand j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 aux Etats-Unis, je suis pass\u00e9e par les proc\u00e9dures de l\u2019immigration am\u00e9ricaine, et puis par celle du Canada pour pouvoir vivre et travailler \u00e0 Montr\u00e9al. Dans le premier cas, on m\u2019a appel\u00e9e <em>foreign exchange student<\/em>. J\u2019\u00e9tais nomm\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re qui ne niait pas mon \u00e9tranget\u00e9 (<em>foreign<\/em>), mais qui impliquait toujours une sorte d\u2019exotisme d\u00e9sirable. \u00catre ramen\u00e9e \u00e0 mon statut d\u2019\u00e9tudiante impliquait une certaine innocence, une inoffensivit\u00e9.&nbsp; <strong>Lors de conversations portant sur \u00ab&nbsp;les immigrants&nbsp;\u00bb, j\u2019\u00e9tais consid\u00e9r\u00e9e comme une interlocutrice ext\u00e9rieure au sujet<\/strong>. Plus tard, en Erasmus \u00e0 Berlin, j\u2019\u00e9tais une <em>Austauschstudentin<\/em> (une \u00e9tudiante d\u2019\u00e9change). Ici, j\u2019ai un statut de travailleur temporaire, mais le visa que j\u2019ai obtenu, un peu particulier, est attribu\u00e9 \u00e0 des personnes majoritairement fran\u00e7aises, dans la vingtaine, en g\u00e9n\u00e9ral de jeunes professionnel.le.s, appartenant \u00e0 la classe moyenne, en qu\u00eate d\u2019ailleurs. Cette petite communaut\u00e9 se nomme <em>pvtistes<\/em> (pour Programme Vacances-Travail). Il existe un site web offrant toutes sortes de conseils et de promotions, ainsi que des forums d\u2019entraide et pl\u00e9thore deblogs de pvtistes. A travers ce site, j\u2019ai par exemple pu b\u00e9n\u00e9ficier de privil\u00e8ges tr\u00e8s mat\u00e9riels (un coupon pour emporter un deuxi\u00e8me bagage), mais aussi plus immat\u00e9riels, comme l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des conseils, des avis et recommandations. Le langage est g\u00e9n\u00e9ralement celui de l\u2019aventure, de la d\u00e9couverte, rappelant celui utilis\u00e9 dans les communaut\u00e9s de <em>backpackers<\/em> ou de volontouristes. Plus largement, beaucoup de francophones europ\u00e9en.ne.s install\u00e9.e.s au Qu\u00e9bec font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur <em>expatriation<\/em>, et non \u00e0 leur <em>immigration<\/em>. Si on me demande souvent \u00ab&nbsp;t\u2019es fran\u00e7aise&nbsp;?&nbsp;\u00bb, on m\u2019appelle en revanche rarement <em>\u00e9trang\u00e8re<\/em>, encore moins <em>immigrante<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Mon exp\u00e9rience subjective n\u2019est certainement pas une analyse rigoureuse des pratiques langagi\u00e8res de l\u2019immigration. J\u2019en d\u00e9gage n\u00e9anmoins plusieurs observations. D\u2019abord, les termes utilis\u00e9s ne sont certainement pas les m\u00eames pour tous les migrants au sens de l&rsquo;IOM, l\u2019exemple le plus frappant \u00e9tant, \u00e0 mon sens, <strong>l\u2019application du terme \u00ab&nbsp;expatri\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 des personnes en g\u00e9n\u00e9ral hautement qualifi\u00e9es, blanches, occidentales et ayant un statut socio-\u00e9conomique relativement \u00e9lev\u00e9, migrant (souvent, mais pas toujours) dans le cadre du travail. <\/strong>Ce terme est souvent mobilis\u00e9 dans le champ acad\u00e9miquedes RH et du management<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, et commence \u00e0 \u00eatre investigu\u00e9 par les sciences sociales et politiques<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. Les discours opposant sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00ab&nbsp;vrais&nbsp;\u00bb r\u00e9fugi\u00e9s, versus l&rsquo;ind\u00e9sirabilit\u00e9 des \u00ab&nbsp;migrants \u00e9conomiques&nbsp;\u00bb, me semblent presque rigolos. Peut-on imaginer un profil qui corresponde plus parfaitement \u00e0 la d\u00e9finition de migrant \u00e9conomique (s\u2019il y en a une) que celui de ceux et celles qu\u2019on nomme \u00ab&nbsp;expatri\u00e9.e.s&nbsp;\u00bb&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>Les discours portant sur le mouvement des personnes semblent distinguer <strong>la <em>migration<\/em><\/strong> vue comme <strong>un probl\u00e8me, une crise, un ph\u00e9nom\u00e8ne ind\u00e9sirable et incontr\u00f4lable<\/strong> (on dit \u00ab&nbsp;flux migratoires&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;migration forc\u00e9e&nbsp;<strong>\u00bb, et la<em> mobilit\u00e9<\/em><\/strong>, per\u00e7ue comme <strong>une preuve de modernit\u00e9, de progr\u00e8s, une qualit\u00e9 d\u00e9sirable et capitalisable<\/strong> (on dit \u00ab&nbsp;mobilit\u00e9 \u00e9tudiante&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mobilit\u00e9 professionnelle&nbsp;\u00bb). Ce vocabulaire de la mobilit\u00e9 est aussi un <strong>langage de l\u2019agentivit\u00e9<\/strong>, s\u00e9parant les personnes ayant le privil\u00e8ge de d\u00e9cider et parler de sa trajectoire, comme moi, de celles qu\u2019on imagine seulement en collectivit\u00e9, comme flux, masse, agissant selon des facteurs <em>push<\/em>&#8211;<em>pull<\/em>. On explique la pr\u00e9sence de migrant.e.s africain.e.s en Europe par une faillite de l\u2019Etat d\u2019origine, une famine, une situation de violence, c\u2019est-\u00e0-dire une <em>cause<\/em> externe et collective. <strong>Lorsqu\u2019on me questionne, mais aussi lorsqu\u2019on questionne mes amis et ma famille, on attend un r\u00e9cit individuel et interne<\/strong>. Nous sommes des <em>agents <\/em>de notre mobilit\u00e9. Bien s\u00fbr, je caricature, la r\u00e9alit\u00e9 est bien plus complexe. Par exemple, C\u00e9cile Canut montre comment l\u2019utilisation du vocable de l\u2019aventure permet \u00e0 certains migrants de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest de retrouver une certaine agentivit\u00e9 face \u00e0 l\u2019implacable violence des politiques d\u2019immigration, et de donner un sens \u00e0 leurs souffrances, de les int\u00e9grer dans un r\u00e9cit<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Mais le discours m\u00e9diatique et politique dominant n\u2019est pas celui qui leur donne la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont les effets r\u00e9els de cette terminologie, ces discours&nbsp;? D\u2019abord, <strong>les statistiques et sondages<\/strong> portant sur l\u2019immigration, qui occupent une place m\u00e9diatique importante, <strong>ne sont pas toujours clairs ni coh\u00e9rent dans leur utilisation des termes<\/strong>. On peut \u00eatre \u00e9tranger.e sans \u00eatre immigr\u00e9.e, mais ces termes sont souvent maladroitement \u00e9chang\u00e9s, effa\u00e7ant la complexit\u00e9 et la diversit\u00e9 des situations<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Mes grands-parents et ma tante ont, depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, obtenu la citoyennet\u00e9 canadienne, ils ont donc immigr\u00e9 mais ne sont pas \u00e9trangers, contrairement \u00e0 moi qui suis les deux. <\/p>\n\n\n\n<p>De plus, <strong>le discours transforme les repr\u00e9sentations<\/strong>, ce qui \u00e0 son tour influence les \u00ab&nbsp;opinions publiques&nbsp;\u00bb si ch\u00e8res aux politiques. Une \u00e9tude du Migration Observatory de 2011<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a> montre ainsi que le groupe auquel le mot \u00ab&nbsp;immigration&nbsp;\u00bb est le plus associ\u00e9 est celui des demandeurs d\u2019asile, groupe qui repr\u00e9sentait alors la plus petite part des statistiques d\u2019immigration. \u00c0 l\u2019inverse, le groupe des \u00e9tudiants \u00e9tait le moins associ\u00e9, \u00e9tant pourtant le premier groupe en termes d\u2019importance num\u00e9raire. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les pratiques langagi\u00e8res modifient le contenu s\u00e9mantique des termes<\/strong>, ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 des revendications dans le milieu militant proposant d\u2019utiliser par exemple les termes <em>exil\u00e9s<\/em> au lieu de migrants<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>, ou des cr\u00e9ations plus originales tels que les<em> amigrants<\/em> (contraction de amis et migrants) utilis\u00e9es par certains membres de la Plateforme Citoyenne. Il n\u2019y a rien d\u2019\u00e9tymologiquement r\u00e9pugnant dans le terme <em>migrant<\/em>, mais l\u2019usage actuel du mot est si sp\u00e9cifique et p\u00e9joratif que je marche sur des \u0153ufs en l\u2019utilisant. Mon malaise n\u2019est pas isol\u00e9, en t\u00e9moigne l\u2019explosion, depuis 2015, des articles de vulgarisation tentant de distinguer <em>migrant<\/em> de <em>r\u00e9fugi\u00e9<\/em> et de <em>demandeur d\u2019asile<\/em>, avec la conviction de fond que, une fois le \u00ab&nbsp;mot juste&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> utilis\u00e9, chacune de ces personnes recevrait le traitement appropri\u00e9 et justice serait faite. Il y a deux probl\u00e8mes avec ces d\u00e9marches. D\u2019abord, <strong>les articles de vulgarisation ne sont pas toujours tr\u00e8s exacts<\/strong>. Cet article du <em>Monde<\/em>, par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;En droit international, le \u00ab r\u00e9fugi\u00e9 \u00bb est le statut officiel d\u2019une personne qui a obtenu l\u2019asile d\u2019un Etat tiers&nbsp;\u00bb. Sauf que\u2026 non. La Convention de Gen\u00e8ve de 1951 d\u00e9finit ce qu\u2019est un r\u00e9fugi\u00e9, mais ne stipule pas que cela d\u00e9coule uniquement et automatiquement du statut obtenu en vertu du droit d\u2019asile de l\u2019un ou l\u2019autre Etat partie. C\u2019est ce qui permet aux personnes en proc\u00e9dure de demande d\u2019asile, ou projetant de faire une demande d\u2019asile, d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9es par le principe de non-refoulement<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. C\u2019est pourquoi on fait parfois une diff\u00e9rence entre r\u00e9fugi\u00e9s <em>de facto<\/em> et r\u00e9fugi\u00e9s <em>de jure<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, quand <em>Al Jazeera<\/em> d\u00e9cide, en 2015<a href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>, de ne plus utiliser le mot \u00ab&nbsp;migrant&nbsp;\u00bb mais bien \u00ab&nbsp;r\u00e9fugi\u00e9&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer les personnes qui traversent la m\u00e9diterran\u00e9e sur des embarcations de fortune, ce n\u2019est pas une erreur juridique. Et m\u00eame si \u00e7a l\u2019\u00e9tait<strong>, le sens juridique des mots n\u2019est pas le seul valable ou permis<\/strong>. \u00ab&nbsp;R\u00e9fugi\u00e9&nbsp;\u00bb existait, existe et existera en dehors de la loi, et son sens est tous les jours transform\u00e9 par les usages qui en sont fait. C\u2019est pourquoi \u2013 et ce n\u2019est pas le but de ce que j\u2019\u00e9cris \u2013 penser que seule la d\u00e9finition ou l\u2019\u00e9tymologie d\u2019un mot refl\u00e8te son sens est erron\u00e9. <strong>L\u2019usage sp\u00e9cifiquement p\u00e9joratif du mot \u00ab&nbsp;migrant&nbsp;\u00bb renforce la violence des politiques migratoires, mais la substitution du mot \u00e0 elle-seule n\u2019\u00e9radiquera pas cette violence<\/strong>. Il me parait, par contre, utile de mettre en lumi\u00e8re les diff\u00e9rents usages des mots qui traduisent cette violence. <\/p>\n\n\n\n<p>Retournons \u00e0 ce terme\u00a0: \u00ab\u00a0expatri\u00e9\u00a0\u00bb. Il y a quelques ann\u00e9es, parait un article d\u2019opinion du journaliste Mawuna Remarque Koutonin intitul\u00e9 \u00ab Why are white people expats when the rest of us are immigrants?\u00a0\u00bb. L\u2019auteur d\u00e9nonce le racisme latent qui imbibe ce terme, r\u00e9serv\u00e9 aux Blancs s&rsquo;installant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Je continue mes recherches, et je tombe sur des blogs \u00ab\u00a0d\u2019expat\u00a0\u00bb tentant une petite incursion dans le sujet. On y plonge un orteil, admettant que c\u2019est un peu \u00e9trange, mais la conclusion reste frileuse\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e0 la fin de la journ\u00e9e, immigr\u00e9s comme expatri\u00e9s nous sommes tous les m\u00eames ! Alors appelez-moi comme vous voulez finalement, expatri\u00e9e, immigr\u00e9e, de toutes fa\u00e7ons, depuis que ma vie a pris une tournure internationale, plus rien n\u2019est comme avant\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Dans ces phrases est contenu l\u2019\u00e9picentre du probl\u00e8me. La vision romantique dela migration comme <em>aventure<\/em>, n\u00e9e des privil\u00e8ges m\u00eame de cette migration, nous permet de balayer du revers de la main l\u2019importance des termes\u00a0: \u00ab\u00a0nous sommes tous les m\u00eames\u00a0\u00bb. <strong>C\u2019est parce que <em>nous<\/em> sommes capables d\u2019\u00e9mettre une parole l\u00e9gitime sur les migrations, que la terminologie ne nous semble pas probl\u00e9matique<\/strong>. Je <em>peux<\/em> revendiquer appartenir au groupe des \u00ab\u00a0migrants\u00a0\u00bb, il n\u2019en reste pas moins que <strong>ce n\u2019est jamais mon profil qui est vis\u00e9 par les politiques migratoires r\u00e9pressives, qu\u2019il n\u2019est m\u00eame pas inclus dans les \u00a0d\u00e9bats sur l\u2019immigration<\/strong>. Un exemple tout frais\u00a0: le premier ministre du Qu\u00e9bec, Fran\u00e7ois Legault, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en partie sur ses promesses de r\u00e9duire l\u2019immigration, mais lors de sa r\u00e9cente visite en France, il assure \u00e0 Macron vouloir augmenter les chiffres de l\u2019immigration fran\u00e7aise en parall\u00e8le<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment se penser comme migrant.e sans monopoliser la parole&nbsp;? <strong>Comment mettre en \u00e9vidence la part de migrations privil\u00e9gi\u00e9es sans tomber dans le pi\u00e8ge du \u00ab&nbsp;de toute fa\u00e7on on est tous pareil&nbsp;\u00bb, et effacer par l\u00e0 les m\u00e9canismes m\u00eames qui cr\u00e9ent ces in\u00e9galit\u00e9s<\/strong>&nbsp;? Certain.e.s chercheur.se.s en sciences sociales, travaillant souvent dans une perspective postcoloniale, ont commenc\u00e9 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re l\u2019invisibilit\u00e9 des migrations privil\u00e9gi\u00e9es dans la litt\u00e9rature. On peut citer par exemple le travail de Anne-Meike Fechter sur les \u00ab&nbsp;communaut\u00e9s d\u2019expatri\u00e9.e.s&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a> en Asie, ou celui de Sheila Croucher sur la mobilit\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e<a href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, incluant les migrations de professionnel.le.s hautement qualifi\u00e9.e.s, d\u2019\u00e9tudiant.e.s, de retrait\u00e9.e.s. La litt\u00e9rature a aussi produit quelques n\u00e9ologismes t\u00e2tonnants afin de d\u00e9finir ces situations, tels que \u00ab&nbsp;lifestyle migration&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mobile professionals&nbsp;\u00bb, etc<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. Mon article a plut\u00f4t vocation \u00e0 inciter \u00e0 la r\u00e9flexion quotidienne et personnelle. Lorsque nous, nos interlocuteurs\/trices ou les m\u00e9dias parlent demigrations, je voudrais que nous nous questionnions&nbsp;: qui parle&nbsp;? de qui parle-t-on&nbsp;? et nous o\u00f9 nous situons-nous&nbsp;?<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> OIM, \u00ab&nbsp;Qui est un migrant&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Site de l\u2019OIM,<\/em> <a href=\"https:\/\/www.iom.int\/fr\/qui-est-un-migrant\">https:\/\/www.iom.int\/fr\/qui-est-un-migrant<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> NATIONS UNIES, Conseil \u00e9conomique et social, <em>Droits de l&rsquo;homme des migrants<\/em> (rapport de la Rapporteuse sp\u00e9ciale GabrielaRodr\u00edguez Pizarro), 6 janvier 2000.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Voir par exemple cette curieuse utilisation diff\u00e9renti\u00e9e des termes \u00ab immigr\u00e9s \u00bb et \u00ab expatri\u00e9s \u00bb : DUMONT, Jean-Christophe, LEMAITRE, Georges, \u00ab Comptabilisation des immigr\u00e9s et des expatri\u00e9s dans les pays de l\u2019OCDE : une nouvelle perspective \u00bb, <em>Revue \u00e9conomique de l&rsquo;OCDE<\/em>, Vol.40, No. 1, 2005.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Un des premiers travaux que j\u2019ai pu trouver : COHEN, Erik, \u00ab Expatriate Communities \u00bb, <em>Current Sociology<\/em>, Vol. 24., No.1, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> CANUT, C\u00e9cile, \u00ab On n\u2019\u00e9tait rien que des aventuriers\u2026 Ceux qui meurent \u00e0 cause de ce qu\u2019ils d\u00e9sirent \u00bb, pp. 49-57, in CALABRESE, Laura, VENIARD, Marie, (\u00e9ds), <em>Penser les mots, dire la migration<\/em>, Academia L\u2019Harmattan, Louvain-la-Neuve, 2018, 201p.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> ANDERSON, Bridget, \u00ab Who Counts as a Migrant? Definitions and their Consequences \u00bb, <em>MigrationObservatory<\/em>, Oxford University, <a href=\"https:\/\/migrationobservatory.ox.ac.uk\/resources\/briefings\/who-counts-as-a-migrant-definitions-and-their-consequences\/\">https:\/\/migrationobservatory.ox.ac.uk\/resources\/briefings\/who-counts-as-a-migrant-definitions-and-their-consequences\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> BLINDER, Scott, et. al, \u00ab Thinking Behind the Numbers: Understanding Public Opinion on Immigration in Britain \u00bb , <em>Migration Observatory<\/em>, Oxford University, <a href=\"https:\/\/migrationobservatory.ox.ac.uk\/resources\/reports\/thinking-behind-the-numbers-understanding-public-opinion-on-immigration-in-britain\/\">https:\/\/migrationobservatory.ox.ac.uk\/resources\/reports\/thinking-behind-the-numbers-understanding-public-opinion-on-immigration-in-britain\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> APRILE, Sylvie, \u00ab Des exil\u00e9s de 1789 aux exil\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui \u00bb, in <em>Penser les mots, dire la migration<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> CALABRESE, Laura, \u00ab\u00a0<em>Migrant<\/em> ou <em>r\u00e9fugi\u00e9<\/em> ? L\u2019enjeu des d\u00e9nominations des personnes dans le discours m\u00e9diatique \u00bb, pp.153-172, in CALABRESE, Laura, VENIARD, Marie, (\u00e9ds), <em>Op. Cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> LAUTERPATCH, Elihu, BETHLEHEM, Daniel, \u00ab The Scope and Content of the Principle of Non-Refoulement: Opinion \u00bb pp.87-177, in FELLER, Erika, T\u00dcRK, Volker, and NICHOLSON Frances (eds), <em>RefugeeProtection in International Law: UNHCR&rsquo;s Global Consultations on International Protection<\/em>, Cambridge University Press, Cambridge 2003, accessible sur: <a href=\"https:\/\/www.refworld.org\/docid\/470a33af0.html\">https:\/\/www.refworld.org\/docid\/470a33af0.html<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> MALONE, Barry, \u00ab Why Al Jazeera will not say Mediterranean &lsquo;migrants&rsquo; \u00bb, <em>Al Jazeera<\/em>, 20 ao\u00fbt 2015, <a href=\"https:\/\/www.aljazeera.com\/blogs\/editors-blog\/2015\/08\/al-jazeera-mediterranean-migrants-150820082226309.html\">https:\/\/www.aljazeera.com\/blogs\/editors-blog\/2015\/08\/al-jazeera-mediterranean-migrants-150820082226309.html<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> FRAS, Lisa, \u00ab Expatri\u00e9s ou immigr\u00e9s, quelle \u00e9tiquette ? \u00bb, <em>Blogs Courrier Expat<\/em>, 29 mai 2017, <a href=\"https:\/\/blog.courrierinternational.com\/nouvelles-d-angleterre\/2017\/05\/29\/expat-ou-ne-pas-etre\/\">https:\/\/blog.courrierinternational.com\/nouvelles-d-angleterre\/2017\/05\/29\/expat-ou-ne-pas-etre\/<\/a> <\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> RIOUX, Christian, \u00ab Fran\u00e7ois Legault veut davantage d\u2019immigrants fran\u00e7ais \u00bb, <em>Le Devoir<\/em>, 21 janvier 2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> FECHTER, Anne-Meike, WALSH, Katie, \u00ab Examining \u2018Expatriate\u2019 Continuities: Postcolonial Approaches to Mobile Professionals \u00bb, <em>Journal of Ethnic and Migration Studies<\/em>,Vol. 36, No. 8, 2010, pp. 1197-1210.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> CROUCHER, Sheila, \u00ab Privileged Mobility in an Age of Globality \u00bb, <em>Societies<\/em>, Vol. 2, pp. 1-13, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Voir, par exemple, BENSON, Michaela, O\u2019REILLY, Karen \u00ab Migration and the search for a better way of life: a critical exploration of lifestyle migration \u00bb, <em>The Sociological Review<\/em>, Vol. 57, No. 4, 2009, pp. 608-625.<\/p>\n<span class=\"et_bloom_bottom_trigger\"><\/span>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Elo\u00efse&nbsp;Goffart,&nbsp;dipl\u00f4m\u00e9e&nbsp;en&nbsp;sciences&nbsp;politiques Mon \u00e9ducation politique a co\u00efncid\u00e9 avec le conflit syrien, le d\u00e9placement forc\u00e9 d\u2019un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9.e.s de fait, puis la construction, m\u00e9diatisation et manipulation de ces \u00e9v\u00e8nements<a class=\"moretag\" href=\"https:\/\/we-search.be\/index.php\/2019\/02\/20\/nommer-la-migration\/\"><span class=\"screen-reader-text\">En savoir plus surNommer la migration<\/span>[&#8230;]<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":326138,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[4],"tags":[69,64,67,66,71,72,74,68,70,62,61,73,75,47,63,65],"class_list":["post-324568","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-we-discuss","tag-apatride","tag-asile","tag-avis","tag-blog","tag-definir","tag-discuss","tag-erasmus","tag-exil","tag-geneve","tag-migrant","tag-migration","tag-migrer","tag-mobilite","tag-onu","tag-refugie","tag-we-discuss"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/we-search.be\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Image-Nommer-la-migration.jpg?fit=1936%2C1089&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9cJNf-1mqY","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/324568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=324568"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/324568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":329430,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/324568\/revisions\/329430"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/326138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=324568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=324568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/we-search.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=324568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}